21.5.12

virgule

Retraite au monastère bénédictin de Ganagobie, Alpes de Haute-Provence. Ce matin, ciel fort nuageux, gris et pluvieux, une marche s'impose: les quatre kilomètres qui séparent le plateau du prieuré de la route Manosque-Sisteron, puis au long de la vallée de la Durance ladite départementale jusqu'à La Brillanne, neuf kilomètres environ. Parvenu au bas, la pluie redouble. Auto-stop 21°siècle, je tente l'expérience et marche à pas décidé, bras tendu, main résolument ouverte, pouce position horizontale avant, à l'adresse de celui/celle automobiliste qui immanquablement s'arrêtera ? Ainsi une marche cadencée rapide -je retrouve vite les sensations du camino de Santiago il y deux ans, mois pour mois (moi contre moi)-, pas mal de trafic, quelques frôlements intempestifs, un joli festival d'arrosages et deux heures de marche plus loin, un unique constat : aucun(e) ne s'est arrêté(e). Je m'interroge... mon habit, mon allure, ma posture, ma coiffe? un Stetson (tout de même) mais bien détrempé.
Même, je guettais: le cataphote ou catadioptre arrière des véhicules qui me dépassaient à vive allure allaient-ils subrepticement clignoter? S'allumer carrément, non je ne rêve pas d'un freinage aussi décisif que salvateur. Car pour tout dire, il pleuvait bien des cordes et mon accoutrement d'une veste légère coupe-vent mais pas du tout -pluie, et de Camper aux semelles bien usées n'étaient d'aucun secours. Même (donc), je guettais: le surgissement rouge fugitif qui allait au moins manifester l'instant d'hésitation du conducteur(trice) "je-le-prends-ou-je-le-prends-pas?!" tâtant l'espace d'une conscience la pédale de frein, et NON, reprendre sa droite accélératrice, la pédale droite dans ses bottes. Or, même pas ça ! j'ai bien regardé tout du long. Également, j'ai veillé à ne jamais relâcher mon bras (ankylose assurée), car imaginons: je l'abaisse un seul instant, douce rémission, et paf à ce moment précis survient le(la) conducteur(trice) qui m'apercevant au devant se dit: "Oh! avec toute cette pluie! s'il m'avait fait signe! alors là c'est sûr que cette fois je me serais arrêté(e)! Ce n'est pas que ça m'arrive souvent -car faut se méfier quand même, hein- mais là vraiment, pour sûr que je lui aurais proposé de monter..." Donc, ce risque là, je ne pouvais pas non plus le courir.
If you want a driver, climb inside,
Or if you want to take me for a ride,
you know you can
Parvenu à distance de vue du terme de ma route, j'abaissais résolument le bras, des fois qu'il vienne à l'idée d'un(e) de stopper, à seulement quelques centaines de mètres de mon but final*: je gâchais et la marche et ce billet.
De sorte que ce soir, au chaud de ma cellule monastique, je peux partager l'expérience et dire: l'auto-stop finalement, c'est décidément très 20° siècle, un brin rétro (ringard?) Et, "liberté, égalité, fraternité." Le changement, (virgule) c'est maintenant. Maintenant... ou un peu plus tard! Maintenant... ou bien avant?
*partir à pied pour acheter un poncho plastic contre la pluie, au supermarché de La Brillanne... Anachronique cette idée de marcher trois heures sous la pluie, dans le but final de se procurer un para-pluie, non? Et à l'arrivée, un lundi à 13 heures, bien entendu que tout était fermé. Hé oui, t'es pas à Barcelone, bêta. But go back and return, Thelma and Louise, thanks!

15.5.12

et la réponse est

ni ni *
Ni métamorphose ni transfiguration, normal quoi! Il faut dire qu'en 1981, le contexte était vraiment particulier: la gauche au pouvoir cela ne s'était pas vu depuis 23 ans, autant dire jamais pour la plupart des présents, à l'exception des plus anciens en particulier Gaston Deferre ou Pierre Mendès-France, et François Mitterrand lui-même. Le saut dans l'inconnu était béant, il lui fallait donc chausser les bottes de sept-lieues. Pourtant ce normal là, il me convient: justice, laïcité, jeunesse, fraternité républicaine, confiance, et le tout dans une grave sérénité, ça apaise et ça fait du bien. Tant que normal n'est pas banal, et en perspective de retrouver un bel élan, vite. Les législatives, et hop!
* cf. post précédent

je me souviens

Je me souviens... 21 mai 1981, nous attendons circonspects et attentifs avec d'autres confrères dans la Salle des Fêtes de l'Elysée, l'entrée de François Mitterrand qui vient de s'entretenir à l'étage brièvement et assez froidement, je l'apprendrai bien après, avec le sortant Valéry Giscard d'Estaing... Dans un silence solennel, il apparaît. Et là, transfiguration. Je me souviens en effet, comme si c'était hier, de la réflexion que je fis à mon voisin: "Regarde, il a déjà chaussé les charentaises institutionnelles, il est comme chez lui" De fait, littéralement, il planait. Ce sera du reste le principal du commentaire éditorial que j'en ferai à SOIR 3, le soir même.
 
15 mai 2012, il est 10 heures du matin, je regarde (sur internet et depuis Barcelone, différence sensible) la retransmission pour l'arrivée de François Hollande à l'Elysée... et je suis curieux et impatient de voir si je vais ressentir l'identique "métamorphose". Cela ne m'étonnerait pas en fait, pourtant je sais déjà que Francois Hollande "fera" très vite Président.

13.5.12

Breathe my dear


Chaque jour dans notre corps,
de nouvelles cellules naissent
et de vieilles cellules meurent,
mais nous ne célébrons jamais
ni leurs funérailles, ni leur naissance.


“ La vie d'une civilisation est identique à la vie d'un être humain. Elle a une naissance et une mort. Ainsi, notre civilisation actuelle devra finir un jour. Mais nous avons un rôle prépondérant à jouer quant à la rapidité de sa fin. Si la race humaine continue de vivre au rythme actuel, la fin de notre civilisation arrivera plus tôt que prévu (dans entre 120 et 150 ans). Nos manières de conduire, de consommer, la façon dont nous exploitons et détruisons les ressources naturelles planétaires accélèrent la fin de notre civilisation. Le réchauffement global est peut-être un signe avant coureur de cette mort. Si nous continuons à consommer comme nous le faisons, il est probable qu'un très grand nombre des habitants de la planète mourra et que l'écosystème sera détruit à un point tel que la vie comme nous la connaissons aujourd'hui ne sera plus possible. Le monde a connu de nombreuses civilisations avant la nôtre et, parmi celles que nous connaissons, beaucoup ont déjà péri. Tout est impermanent.


Tout est en constante transformation et rien n'a de soi séparé. Nous pouvons comprendre cela intellectuellement, mais, dans la réalité, nous avons beaucoup de mal à accepter l'impermanence. Nous voudrions que les choses et les gens, que nous aimons, ne changent jamais.
Comprendre l'impermanence n'est pas une question de mots ou de concepts. C'est une question de pratique. Ce n'est que par une pratique quotidienne de l'arrêt et du regard profond que nous pouvons faire l'expérience de la vérité de l'impermanence et l'accepter.


Pour aider à comprendre la nature de non-soi de tout ce qui existe, on donne souvent l'exemple de la vague et de l'eau. Une vague peut être grosse ou petite, monter ou descendre, mais l'essence de la vague, l'eau, n'est ni grosse, ni petite et ne monte ni ne descend. Aucun signe (gros, petit, montant, descendant) ne peut affecter l'essence de la vague. Les signes nous font rire ou pleurer parce que nous n'avons pas encore vu l'essence, c'est à dire la nature véritable, de tout ce qui est. Cette nature véritable est aussi la nôtre. Si nous ne voyons que la vague, avec ses manifestations de naissance et de mort, nous souffrons. Mais si nous voyons que l'eau est le fondement de la vague et que toutes les vagues retournent à l'eau, nous n'avons plus peur.
Une goutte de pluie qui tombe sur le sol disparaît immédiatement. Mais elle est toujours là, même si le sol l'a absorbée. Simplement, elle a pris une autre forme. Si elle s'évapore, elle est toujours là, dans l'air, sous forme de vapeur. Vous ne voyez plus la goutte de pluie, mais cela ne veut pas dire qu'elle n'est plus là. Un nuage ne peut jamais mourir. Un nuage peut devenir de la pluie, de la neige ou de la glace, mais il ne peut jamais devenir rien. L'idée que nous avons de la mort, c'est devenir rien, à partir de quelque chose, passer de l'être au non-être. Mais la méditation nous permet de comprendre notre vraie nature de non-naissance et de non-mort. Un nuage, avant de se manifester sous forme de nuage, a d'abord été l'océan et la vapeur d'eau. Il n'est donc pas venu à l'être à partir du non-être. Notre vision de la naissance est juste une notion. Notre vision de la mort n'est aussi qu'une notion.
La vision profonde de la non-naissance et de la non-mort est capitale : elle dissout toute peur. Lorsque nous comprenons que nous ne pouvons pas être réduits à rien, nous sommes libérés de la peur. C'est un soulagement immense. Débarrassés de la peur, nous pouvons connaître le vrai bonheur et la paix et en faire profiter notre civilisation alors que, si nous paniquons, nous accélérons sa fin. Avec la paix en nous, il est beaucoup plus facile de trouver des solutions aux situations difficiles.
J'inspire, je sais que cette civilisation mourra un jour.
J'expire, je sais qu'elle ne peut échapper à la mort.
Une fois que nous aurons accepté cela, nous ne réagirons plus dans la colère, le refus ou le désespoir. Cette acceptation nous apportera la paix, et si nous sommes paisibles, notre civilisation aura la chance d'être en paix. Pour que cette compréhension ne soit pas seulement une notion, mais une véritable vision profonde, il nous faut pratiquer l'arrêt et le regard profond dans l'assise, la marche, la réflexion et tous nos actes quotidiens. Ce discernement va engendrer en nous les énergies de pleine conscience, de paix, d'acceptation et de non-peur et nous permettre d'apporter une réelle contribution au monde.
En tant que membres d'une même race humaine, si nous pratiquons la méditation, nous pouvons transcender la peur, le désespoir et l'oubli. Méditer n'est pas fuir. C'est l'acte courageux de regarder profondément la réalité avec pleine conscience et concentration. Méditer est essentiel à notre survie, à la paix et à notre protection commune. En fait, notre souffrance vient de nos perceptions erronées et de nos vues fausses. Rectifier ces vues fausses est la chose la plus importante, la plus urgente qui soit. Notre monde a besoin de sagesse et de vue juste, ou de vision profonde. Que vous soyez enseignant, parent, journaliste, cinéaste, ou autre, vous pouvez partager vos réalisations profondes pour éveiller votre pays et vos concitoyens. Si les citoyens s'éveillent, leur gouvernement devra agir en fonction de leur vue juste. 
Thich Nhat Hanh. Extraits de : Ce monde est tout ce que nous avons (Chapitre V LA PEUR SURMONTEE) Plum Village 2012

7.5.12

l'espoir a vaincu la peur

(et bon débarras) sans autre commentaire, pour le moment, que celui-ci : un homme sobre qui aime la vie l'a emporté sur un énervé qui boit de l'eau, métaphore et contrastes. En tous cas, magnifique parcours personnel, François Hollande ne doit sa victoire qu'à lui-même, prescience et clairvoyance, cohérence et opiniâtreté. Quant à ses qualités de tacticien, elles lui seront précieuses : Merkel, Obama, l'Europe, la Chine, et cetera et cetera.
Je goûte l'instant tranquille dans l'intranquillité des jours présents et à venir. Demain est un autre jour, certes. Cependant, au boulot ! Pas une minute à perdre, car encore les législatives, très important. Et dès à présent... l'état de grâce, ça y est, il est passé - un soir, une nuit * et un petit matin qui se dresse : chaque pas est désormais inscrit. Souvenons-nous, le Fouquet's et cinq années d'un méchant pois(s)on collé au dos. Désormais, tout compte. Et le décompte lui aussi a déjà commencé: 1825, 1824, ... tout juste cinq ans, à peine cinq ans.

*Et encore, même pas sûr. Le premier discours de président élu a été de ce point de vue plutôt décevant, genre présidentielle départementale un peu. Egalement, je me souviens si clairement du livre de Jacques Lesourne, Soirs et lendemains de fête: journal d'un homme tranquille, 1981-1984. A relire, utilement.

26.4.12

petit matin à Barcelone


25.4.12

l'outing de N.S.

Au bar Paris Taxi de Gracìa, Barcelona, dimanche 22 avril à 20 heures, nous découvrons les résultats du premier tour, et le score de Le Pen. Immédiatement je pense et me tourne vers Blak en disant : "Le chemin de croix de Sarkozy commence vraiment maintenant!" Je n'imaginais pas à quel point il “l”endosserait si rapidement et si naturellement.

23.4.12

et voilà !

Merci Nicolas Sarkozy, dont le flair politique a fait les dégâts (que l'on savait hier et) que l'on constate aujourd'hui. Discours de Dakar, Grenoble, et cetera + débat rance sur l'identité nationale + vulgarité, haines et mensonges permanents + sans foi ni loi + prêt à tout pour le pouvoir, le conquérir et surtout le conserver : le pire est à venir dans les quinze prochains jours, gageons-le. Et résultat, notamment, Le Pen à 18% au premier tour. Bravo, cela promet de belles années : banalisation de la fusion droite-extrême droite, abandon des vertus premières, géographie des idées au-dessous de la ceinture, étrangers aux abris, aventures nauséabondes en perspective, risque total. Au delà de l'élection, la déréliction.
Nanni Moretti, lors de la grande marche de Rome il y a quelques années, avait dit que l'Italie mettrait vingt ans à se remettre du berlusconisme. Et du sarkozysme, combien?
Alors bon, François Hollande sauve l'honneur, pourtant comme la victoire est amère. Amère, vraiment.
Même, elle n'est pas acquise, le combat continue. "Le pire n'est jamais sûr" (bis) Cependant le ver est dans le fruit et durablement. La banalisation c'est le danger absolu ! Et j'ai conscience, en écrivant cela, que je suis déjà old fashion. L'accélération à venir aura hélas raison de toutes les préventions, en particulier d'un verbe mesuré et subtil, encore possible. Peut-être ensuite, seul le silence...

17.4.12

avertissement au lecteur passé et à venir

Je sais ce qu'il y a de partialité, d'égoïsme narcissique et d'injustice (injuste appropriation) à citer les extraits d'autrui - pour ne pas avoir à suer sang et eau à les écrire soi-même ? avec ce résultat que l'on sait pertinemment devoir être sans commune mesure de pertinence et de qualité(s), sans comparaison possible assurément. En même temps, pourquoi pas ! après tout : se nourrir de l'abondance publique - publiée - reste un moyen de s'assurer quelques prises sur la vertigineuse façade de la vie. Donc pas d'états d'âme, pour un semblant d'être seulement (survivre, déjà). Et un partage à distance dont la proximité pourtant, miraculeusement, parfois saisit.

avec Camus*

"En poussant jusqu'à son terme cette logique absurde, je dois reconnaître que cette lutte suppose l'absence totale d'espoir (qui n'a rien à voir avec le désespoir), le refus continuel (qu'on ne doit pas confondre avec le renoncement) et l'insatisfaction consciente (qu'on ne saurait assimiler à l'inquiétude juvénile). Tout ce qui détruit, escamote ou subtilise ces exigences (...) ruine l'absurde et dévalorise l'attitude que l'on peut alors proposer. L'absurde n'a de sens que dans la mesure où l'on y consent pas.
Il existe un fait d'évidence qui semble tout à fait moral, c'est qu'un homme est toujours la proie de ses vérités. Une fois reconnues, il ne saurait s'en détacher. Il faut bien payer un peu."
Ah au fait j'y pense soudainement, le premier tour est prévu dimanche prochain le 22 avril et le second normalement, ce sera le 6 mai. Et "le pire n'est jamais sûr".

*Le mythe de Sisyphe

7.4.12

2nd round: la Pen vs. Melenchon ?

à l'impossible nul n'est tenu
ou
I would prefer not to
Certes, mais ..................................................................
..................................................................................
..................................................................................

et aussi : en Avril ne te découvre pas d'un fil
aux abris!
et encore, in Aprile*: "Sono pronto, sono quasi pronto"


*Nanni Moretti

à chaque heure suffit sa pen

Le 11 janvier dernier (déjà! comme le temps passe) j'ai publié sur ce blog un article -qui m'a valu quelques retours (!) roboratifs-, sous le titre: "la Pen, présidente de la R.F.! oui, c'est possible". Je ne fais aujourd'hui que répéter: Oui, étant donné l'excellente campagne que mène Nicolas Sarkozy et les "qualités particulières" du candidat (se référer notammnent à l'article qui précède), il est possible, c'est une éventualité parfaitement envisageable, que la pen soit présente au deuxième tour de l'élection présidentielle. Persiste et signe.

ne pourrais pas mieux dire

Je ne pourrai pas mieux dire, donc, tout bien réfléchi, le mieux est que je le laisse dire lui-même. Voici donc,invité par moi et malgré lui - je veux dire sans son explicite autorisation - la "chronique" (intégrale bien entendu) publiée ce jour dans Libération par Pierre Marcelle, sous le titre: Ça va cogner, paraît-il…Mais sur qui, sur quoi?

Par PIERRE MARCELLE

Tiens, les guignols barbus de Forsane Alizza interpellés le 30 mars se livraient, selon François Molins, le procureur de la République de Paris, à «des entraînements physiques entrecoupés de cris religieux» (sic)… Tiens, dix autres «individus isolés avec, pour la plupart, un profil à la Mohamed Merah» (sic), selon une source policière, ont été arrêtés mercredi par les caïds du Raid et du GIGN… Et voilà que Guéant, procureur de l’islam radical, ministre et attaché de presse des assauts toulousains, nous promet d’autres coups de main…
C’est gros mais, systématiquement accolé à l’offensive d’Al-Qaeda au Maghreb islamique dans le nord du Mali, tout ça vous met dans l’air du temps électoral un petit goût de fin du monde propice à la proclamation de tous les états d’urgence. Considérant que le président sortant regarde les investigations des juges dans ses comptes de campagne et l’affaire Bettencourt comme des «boules puantes», vous n’avez pas l’impression qu’on y est déjà, vous ? Mais non, gros bêta ! Ce n’est que la traduction d’un état de panique au sein d’une droite qui, pour enfumer l’électeur, prétend surdramatiser la campagne sur un mode à la fois outrancier et dérisoire. Parler de tout, tout confondre et tout mélanger, sur ce registre-là de la peur de tout, c’est la façon la plus efficace de préparer l’opinion à l’inéluctabilité des plans de rigueur, qu’ils soient grec, espagnol ou italien, programmés avant l’été.
Une bonne guerre, voilà ce qu’il faudrait pour tétaniser un peu plus le citoyen écrasé, non par le chômage et la misère, mais par «la dette». Une bonne guerre, mais à coups de boucs émissaires multiples - «corps intermédiaires» et syndicats, Arabes et musulmans, étrangers et immigrés, juges et magistrats, pauvres en général et profiteurs en particulier des aumônes toujours plus chiches de «l’Etat-providence», comme disent tous ceux qui n’ont de cesse que d’en finir avec la solidarité du modèle social et l’Etat de droit. Ainsi ferait-on d’une campagne deux austérités - économique et idéologique.
Car vous savez quoi ? Il paraît que «la campagne électorale ennuie les Français». Est-ce pour nous désennuyer, ces promesses de baston comme à Guignol, où Sarkozy excite le plumitif dans ses toujours fausses confidences («Je vais l’exploser [Hollande]»), où Hollande se propose de sortir de sa léthargique placidité afin d’enfin répondre aux injures que son adversaire présumé lui adresse depuis des semaines ? Et même Bayrou proclame qu’il va se mettre à «cogner»… En ce registre, c’est un comble, il n’est que la Pen en perdition qui oublie ses fondamentaux.
Ah, oui… On s’ennuie parce que la télé n’est plus en état, campagne officielle et CSA obligent, d’organiser le spectacle, raison pourquoi le risque d’abstention va galopant. Marrant, ça… Depuis que la hiérarchie des candidats a été un peu bouleversée par certain trublion qui, mettant la Pen derrière, vient fracasser le scénario d’un «21 avril» recommencé, et avec lui la singerie d’un «vote utile», les sondeurs ne semblent plus s’intéresser qu’au taux d’abstention. Je crois que l’on se fout un peu de notre gueule, là, comme dit M. Douste-Blazy, dans une de ces envolées tribuniciennes auxquelles il ne nous avait pas accoutumés.
Mais a-t-on vraiment besoin de la télé pour confronter des programmes, plutôt que s’infliger de symboliques horions ? Pour vous, je ne sais pas, mais moi, elle ne m’ennuie pas, cette campagne. Pas de «Face aux Français» sur la Une ni de «Des paroles et des actes» sur la deux ? Qu’à cela ne tienne ! Je branche le Net et je vais sur Radio Hollande conforter mes convictions de gauche… Non, c’est une blague. Je branche le Net et je vais sur le site de Place au Peuple assister au dernier meeting du Front de gauche. Comme mardi à Vierzon, je re-Mélenchon qu’il envoie, et j’observe sur le compteur le nombre de milliers que nous sommes, attentifs et curieux comme lors de la campagne référendaire de 2005, à élaborer une réflexion.
J’adhère sans retenue à cette évidence qu’il énonce que «les élites, c’est nous !». J’entretiens (mais c’est dur) l’espoir d’un débat avec ces notables socialistes qui tantôt me qualifient de «diviseur», tantôt me flattent le bulletin de vote pour me vassaliser, et tantôt, misant tout sur ma détestation de Sarkozy, me regardent comme leur rabatteur acquis. En attendant un hypothétique pétage de plombs promis à l’orateur «dépassé par son succès», je mesure l’écart entre deux mondes lorsque, dans une spéciale dédicace à Laurence Parisot - et, par ricochet, à son maître Sarkozy, le «candidat du peuple» -, il cite Robespierre : «Je ne suis pas du peuple, je suis le peuple, et je méprise tous ceux qui aspirent à être autre chose que le peuple.»
Et parce que j’ai décidément très mauvais esprit, je jouis à la grande «terreur» de la patronne du Medef.

3.4.12

Enfin !

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi fait son entrée au parlement à la suite d’élections législatives partielles. Son parti, la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) remporte même la quasi-totalité des sièges qu’elle briguait. Le tout sous le regard attentif de la communauté internationale.
Une autre image instantanément me vient, évidemment.
Opposition, incarcération, détention, libération, démocratisation, élection, espérance...? Et oui, rien n'est acquis, jamais. L'Afrique du Sud hier, mais aujourd'hui... La Birmanie aujourd'hui, mais demain ... (?) Le pire n'est jamais sûr, dit Antonio Gramsci, qui lui aussi en savait quelque chose de ce cycle infernal (opposition, incarcération, détention, libération) autant qu'historiquement répétitif. Cycle non inscrit néanmoins, l'espoir est fondamentalement partie de l'esprit humain. Alors confiance et hauts les coeurs, espérons.

29.3.12

transgression régression, spirale stérile

Transgression
Décembre 2007. Kadhafi, le leader Lybien est reçu très officiellement à Paris -le jour de célébration des droits de l'homme- avec honneurs et fastes, il impose sa tente sa suite ses putes à l'Hôtel Marigny, annexe du Palais de l'Elysée. Loué soit le Seigneur des sables... N.S. s'acoquine, se courbe, s'exécute, et nous fait honte. Rama Yade, symbole de sa diversité, en charge des droits de l'homme auprès de Bernard Kouchner (tenace promoteur du droit d'ingérence) déclare: "Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort." Elle sera virée*. Kouchner juge désormais  inutile ce département ministériel. Avant d'être viré à son tour, non sans avoir avalé toutes les couleuvres nécessaires à la démonétisation d'une vie consacrée à l'humanitaire. Total gâchis.
Régression
Mars 2011. Kadhafi, l'homme à abattre. Mourir pour Benghazi, N.S. offre son corps et les Rafales à la libération du peuple Libyen. A la mort de Kadhafi, il salue "une étape majeure".

Transgression
Juillet 2008. Assad, le leader Syrien invité d'honneur de N.S., assiste en grande pompe (rol out the red carpet) au défilé du 14 juillet à Paris -où il dispute la vedette avec l'égyptien Moubarrak l'autre démocrate-, occasion pour sa femme d'acquérir ses premières Louboutin.
Régression
Février 2012. N.S. monte à l'assaut, champion des sincérités successives il déclare: "Maintenant ça suffit, ce régime (Assad) doit partir".

Transgression - régression, etc etc, mouvement brownien d'une stérilité inégalée, de mémoire contemporaine. Deux exemples, mais parmi beaucoup d'autres: l'écologie, priorité absolue qui se retrouve aux oubliettes cinq après, et Fukushima! Perte d'énergie, de temps, d'espoir, de confiance... Perte mais pour quoi? Que reste-t-il au fond de tout cela, un énorme vide, il ne reste absolument rien. La Culture du Vide, voici ce qui résume un quinquennat absurde et inutile. Tout était écrit pourtant, il suffisait de lire et d'écouter, de ne pas se laisser envoûter par une posture. Quel gâchis!
Et à présent, hé bien ça recommence... Non?
Droits et devoirs du citoyen. Le vote c'est un droit et aussi un devoir.


*depuis, rentrée au bercail, dans la spirale stérile toujours s'autogénère

26.3.12

un vote nécessaire

Je rends hommage à Ariane Mnouchkine pour la "maternité" du mot nécessaire, à telle enseigne que je lui offre humblement ce blog pour relayer la contribution qu'elle publie dans Télérama dans le souci de démultiplier une pensée qui me semble relever d'un principe d'hygiène publique et de la vigilance nécessaire en effet pour la défense de la dignité humaine, française notamment.

« Je me suis surprise à penser des pensées moches, tordues par l’angoisse :
— Pourvu que ce ne soit pas un arabe ! Pourvu que ce ne soit pas un Afghan ! Pourvu que ce ne soit pas un musulman. Pourvu que ce ne soit pas un immigré. Avec ou sans papiers. Pourvu, Oh pourvu, que cela soit un détraqué, ou s’il le faut absolument, une ordure bien de chez nous. Avec un nom bien français, européen à la rigueur. Pour que tout le monde se taise. Et pleure. Sans pouvoir lancer aucune insulte, aucun venin, aucune polémique, n’exhiber aucune prévisible, triomphante et immonde ironie. Pour qu’on se taise et pense à ces soldats, à ces enfants. Catholique, musulmans, juifs. Soldats, tout court. Enfants, tout court. Mais où en est donc mon beau et triste pays pour que, lors d’un événement aussi grave, moi, je me détourne ne serait-ce qu’un instant du temps sacré de la compassion et que j’en arrive à penser : « Pourvu que cet abruti, cet intoxiqué, ne soit pas ceci ou cela ».

Je dois écrire quelque chose sur cette campagne. Télérama, très amicalement me le demande. J’ai dit oui. Il y a longtemps. Depuis des jours et des jours je tourne autour de mon papier. J’aimerais tant écrire avec hauteur de vue, modération, tempérance. Assumer la complexité de ce moment de l’Histoire. Trouver des solutions nouvelles. Eclairer. Ne pas ajouter du vide au vide. Des mots à des mots. Si seulement, comme certains, j’étais désabusée, je pourrais paraître plus sage, plus éclairée. Or je suis morte de trouille et je suffoque de colère. Pas bonne conseillère la colère. Ni la peur. Attention à ce que je peux dire. Pas d’inexactitude. Pas de vulgarité. Pas d’emballement.

Mais après tout, que puis-je dire d’autre que ce que, chaque matin, je ressens en suivant, obsessionnellement, de l’étranger où je suis, les nouvelles de cette terrible campagne, où chaque jour le pouvoir en place se prétend le seul propriétaire légitime de l’Etat. Où, paraît-il, si le verdict des urnes ne plaisait pas au clan régnant, c’est que les élections auraient été confisquées, volées. Bref, où la gauche, même la plus raisonnable, pour ne pas dire la plus minimaliste, ne pourrait prétendre à l’alternance que par effraction. Alors, sans fioriture, je vais dire où j’en suis, moi. Je n’attends aucune approbation. Je récolterai probablement le contraire de la part de certains de mes amis.


Voilà :
J’ai 73 ans. Je n’ai plus le temps. Plus le temps de perdre. Je ne veux pas faire encore un tour de droite. Pour le dire autrement, je ne veux pas passer mon tour, encore une fois, comme je l’ai fait en 2007, parce que certains, à gauche, au Parti socialiste même, ou tout à côté du Parti socialiste, faisaient la fine bouche. 

« Je ne me sentais pas », avouent maintenant ou se vantent certains ou certaines. Et bien, moi, voyez-vous, je ne me sens pas d’aller encore une fois me promener dans les bois pour voir si le loup n’y est pas. Il y est, je le sais ! Et puis je ne veux plus avoir honte. Voilà cinq ans que cette « équipe » me fait honte. Chez nous, et ailleurs. Et ailleurs, où je suis en ce moment, on ne se gêne pas pour écrire fort ce qu’à peine on chuchote chez nous.

(Là il manque un paragraphe sur les hontes. J’y ai renoncé. Il y en avait trop.)
« Les Français parlent aux Français » Pom Pom Pom Poooom ! 
Il en est parmi vous qui se souviennent. D’autres parmi nous qui ont appris de quoi je parle. Comme moi ils l’ont reçu en héritage. D’autres sont trop jeunes. Eh bien, qu’on les renseigne ! Mais il est temps, oui, il est temps que les Français reparlent aux Français. Tous les français. De souche, de rameaux, de fleurs, ou simplement de cœur, de langue, d’espoir.
Pour changer la France et l’Europe, il va falloir nous parler. En français, en bon et beau français et dans toutes les langues d’Europe. Oui, les peuples d’Europe vont devoir reprendre la parole qu’on leur a volée. Car la confiscation c’est là qu’elle est ! Pas ailleurs.
Donc il faut gagner. D’abord gagner. Et pour gagner il faut voter. Il faut voter. Il faut voter. Il faut voter. Vous n’aimez pas le mot « utile » ? Alors je vous propose le mot « nécessaire ». Le vote nécessaire. Ce qui implique, je vous l’accorde, qu’il n’est pas suffisant. Seulement indispensable. Après il y aura les législatives. Plus ouvertes, plus précises de choix, mais pas suffisantes non plus, les législatives. Aucun vote n’est suffisant. Seulement nécessaire. Indispensable. On meurt encore dans le monde, en ce moment même, pour arracher le droit de vote. Alors ? Après ? 
Après, il y a l’action, le travail d’information limpide, la pression populaire. Après il y a nous, les citoyens solidaires, qui devrons ouvrir grandes les portes capitonnées des salons de Bruxelles, ces salons aux lourds rideaux, où nos dirigeants acoquinés, bien à l’abri des regards et donc de la compréhension des peuples et de leur accord, décident de tout sans nous demander rien.

Oui, il faudra tout revoir : le statut de la Banque centrale européenne qui doit refinancer les dettes publiques et non enrichir les banques spéculatrices. Oui, je sais, il n'est pas du pouvoir du président élu d'imposer à la BCE de racheter les dettes publiques, car cet interdit figure dans les traités, et bien justement, la première bonne mesure (réaliste) consistera à organiser un référendum sur  le nouveau TSCG (Traité pour la stabilité, la croissance et la gouvernance), dit aussi « pacte budgétaire » instaurant la « règle d'or » budgétaire limitant les déficits à 0,5% .

Un tel référendum outre ses vertus pédagogiques — il faudra susciter un long débat démocratique sur l'Europe telle qu’elle est et telle qu’elle devra être — donnera un fort mandat au président français pour renégocier les traités dont, en tout premier lieu, le Traité de Lisbonne honteusement signé dans le dos du peuple qui l’avait déjà refusé par un référendum incontestable.

Je ne suis pas « réaliste»  ? Ils le sont eux ? Ce sont eux les « courageux » ? Les raisonnables ? Qui livrent nos emplois, nos services publics, la protection sociale des peuples européens, à l’avidité insensée des actionnaires mondialisés ? 

La justice de la fiscal… « Halte à la spoliation ! », hurlent-ils déjà. La justice, n’en déplaise à certains, n’est pas spoliatrice, c’est l’injustice qui l’est. Il n’y a qu’à regarder autour de nous.

Des spoliés, il y en a plus de huit millions en France. 12% de la population. Plus de huit millions. Plus de la population totale de la Suisse. Ou de Kinshasa. Oui, Kinshasa dispersée à la surface de notre douce France. Alors, oui, les habitants de Kinshasa-en-France, eux, peuvent parler de spoliation. Il y en aura des choses à faire, à exiger, à obtenir. A détruire, ce qui est facile, à construire, ce qui est difficile. Il la faudra cette banque dont parlent les Economistes atterrés (1). Dont parlait déjà Ségolène Royal. Une grande banque publique pour le développement économique et social. « Impossible », répètent en ricanant les si savants propriétaires du pouvoir. Et pourquoi pas ? Au Brésil une telle banque existe, elle est financée sur une taxe annuelle, très légère, sur le chiffre d'affaire des entreprises ; en France cette taxe pourrait porter sur les profits ou les transactions financières. Un tel outil permettrait de sauver et de créer de nombreux emplois, certains de ces emplois engageant du même coup la reconversion écologique de l’économie de notre pays.

Il faudra donner aux salariés des droits sur les choix stratégiques de leurs entreprises. Ils sont les premiers concernés

Il faudra mettre en œuvre un salaire minimum européen. Il le faudra ce titanesque effort, ce New Deal, ce Nouveau Pacte, ce Nouveau Contrat, appelez cela comme vous voulez, ces programmes « rooseveltiens » axés sur des emplois d'utilité publique. Une partie d'entre eux devra porter sur la rénovation des banlieues. On fera d'une pierre deux coups : former au travail les jeunes de ces quartiers, en faire ainsi les premiers artisans de la rénovation de leur propre cadre de vie. Il va falloir. Il faudra. Il faudra.

Il le faudra, il le faudra à nouveau, ce combat de David contre Goliath. Qui ne commencera qu’après les élections. 

Mais pour le mener ce combat terrible, il faut d’abord gagner ces élections. Je voterai nécessaire. Je voterai indispensable. Je voterai Hollande. Parce qu’il faut gagner cette fois-ci et prendre la responsabilité de gouverner. La gauche radicale aura, d’ici là, conquis du terrain dans les sondages et probablement distancé le Front national dans les sondages, ce qui sera une très grande et très réjouissante chose. Elle pourra désormais, par le nombre de députés que sans aucun doute elle saura faire élire, avoir un groupe à l’Assemblée, et inspirer, éclairer, aiguillonner les propositions de l’exécutif, et stimuler les décisions du Parlement ce qui sera une très importante et précieuse chose.

En attendant, il faut gagner. Je voterai Hollande.  » 


Ariane Mnouchkine est née le 3 mars 1939. Metteur en scène de théâtre, elle a fondé le Théâtre du Soleil qu’elle continue d’animer.

22.3.12

questions sans réponse

Sondage exclusif*
- 9 français sur 10 sont en mesure de citer le nom du meurtrier retenu barricadé à Toulouse pendant plus de 30 heures (après qu'il ait perpétré trois attentats en douze jours, provoquant la mort de sept personnes)
- 1 français sur 10 se souvient (imparfaitement) du nom d'une seule des sept victimes du meurtrier, parmi lesquelles trois jeunes enfants.
Ceci interroge sérieusement sur : notre société - NOUS - les médias et le traitement de l'actualité en temps réel  - NOUS -  le temps politique - NOUS - les a priori sur les communautés (confessionnelles...) - NOUS - la vie plurielle en société (si bien décrite en allemand par leibkultur comme la culture du vivre ensemble)  - NOUS -  l'information émotion - NOUS - la haine et l'amour, etc notamment. Sans oublier nous, bien entendu.
Ce qui est précieux dans les questions, c'est qu'elles peuvent (aussi) générer des réponses. Elles peuvent.

*Autre repère intéressant, le temps d'antenne accordé à l'un, et à tous les autres (obsèques Montauban et Jérusalem incluses).

Sondage virtuel, bien entendu, produit de mon imagination(?)

19.3.12

un parfum d'actualité



Une vie intégrale est-elle encore possible

–  Ma famille (Hortense) n'a pas été directement touchée par les camps. Personne n'est mort là-bas si bien que je n'ai pas personnellement souffert du fait d'être juif. Ma famille était tout à fait assimilée, comme on dit. Il n'y avait pas de tabou particulier à la maison sur ce sujet. C'est plutôt politiquement que j'ai abordé tout cela lorsque j'ai finalement compris que le monde d'agglutinés où nous sommes était directement issu d'Auschwitz, et Hiroshima également. Le monde où nous vivons fonctionne comme les camps, dans la même fragmentation et le même refus de la responsabilité. 
–  Mais les gens ne sont pas déportés Samuel, ils ne sont pas transformés en abat-jour, en savons, on ne peut pas dire ça.
–  Ils ne sont pas déportés, non, ils ne sont pas transformés en savons mais sont devenus des marchandises plus ou moins rentables. L'ensemble du système fonctionne sur un rapport de rentabilité comme les camps. C'est là l'inconscient de notre monde. Cette industrialisation de la mort est un point de non-retour sur lequel s'est greffé l'industrialisation de la vie. A Auschwitz ils ont fabriqué des cadavres, ils ont supprimé la vie dans la mort, si bien qu'aujourd'hui c'est la mort elle-même qui est niée dans la vie et en même temps qu'elle est la vie dans la vie. C'est pourtant clair. A Auschwitz ils ont organisé, ils ont organisé le meurtre du langage et maintenant nous subissons le bruit assourdissant de la communication planétaire qui tend à nous faire oublier ce meurtre. Les mots ne portent plus leur sens. Les individus ne se parlent plus parce que le sens des mots a été contaminé à Auschwitz. Ce qui avait tenu de valeur aux individus jusqu'à Auschwitz a été anéanti là-bas.
–  Ce n'est pas vrai Samuel, ce n'est pas vrai. 
–  Tu ne veux pas l'entendre (Hortense), personne ne veut l'entendre. Les hommes aujourd'hui ne supportent plus d'appartenir à cette espèce qui n'a pas su empêcher Auschwitz. Ils veulent se débarrasser de l'humain, de l'humain dans l'espèce humaine. Ils ne savent plus ce qu'être un homme signifie. 

Extrait de Horsita (roman?) de Lorette Nobécourt*, publié en 1999. Il y a donc treize ans de cela, ce pourrait tout aussi bien être 2009 ou 2012, aussi sans doute 2019.
Lire et relire, antidote de la pauvreté d'une campagne présidentielle où l'on voudrait (tant) qu'elle soit exaltante, profonde, bouleversante, au sens des idées qui bouleversent, visionnaire oui, que l'on confond improprement avec prospective – que sait-on de l'avenir pour en prédire les arcanes (devrais-je plutôt parler de lames), lui qui pour se jouer de nos vanités déploie et replie constamment son œuvre, il ne nous attend pas, il est déjà là, avant nous. Je voudrais tant qu'il y ait ces emportements utopiques, I want a dream. Mais, la crise la crise la crise, bref le vide sidéral de la réflexion au profit de la réactivité brownienne : Prem ! C'est à qui dégainera le premier, défouraillera. Alors, dans ces temps de frustration intense – pour moi seulement, je ne veux gêner personne, pour moi seul bien entendu amoureux impénitent de la Politique comme résolution (diurne) de mes rêves (nocturnes), pour moi seul qui irai voter quoi qu'il en soit et qu'ils en soient, ne serait-ce que parce que si on me l'interdisait je me battrai à sang et à mort pour pouvoir en user de ce pouvoir là –, je lis beaucoup ces jours, découvrant dans les pensées coulées de l'encre heureusement sèche à nos regards avides et assoiffés, d'infinis horizons dans lesquels je ne cesse de (re)découvrir la simple Évidence : tout est lié et Relié, à la fois dans le temps et l'espace, avant, là et après, tout ici et tout là-bas, les interconnections humaines (pour ne s'en tenir qu'à cette dimension) innombrables ont de quoi rassasier les appétits les plus exigeants. Et si les « grandes questions » ne sont pas si nombreuses, elles extendent néanmoins leur champ illimité. Nous y fondre redonne espoir, rien n'est donc perdu définitivement. Mais si mais si.
Ayant déjà abordé ici ce sujet du choix électoral, j 'ajoute pour être tout à fait clair et au besoin transparent, que je vais voter François Hollande, finalement dès le premier tour. Pourtant... pas vraiment sexy, ni fulgurant, assurément ! Loin des vastes horizons, sans doute ! Pragmatique et raisonnable, trop certainement ! Mais qui s'interroge politiquement, c'est manifeste selon ma perception, sur « savoir ce qu'être un homme signifie » au XXI° siècle de notre ère humanoïde végétalisée. Instrumentalisée, si l'on préfère. Se réapproprier l'humain en nous, tâche individuelle d'abord, mais collective nécessairement et vitalement. L'individu ne représente-t-il pas à ses yeux "la puissance d'un collectif déployé". Hollande parle d'égalité comme socle et de justice comme référent premier. Or il peut les mettre en œuvre. C'est, ce sera toute la gravité de sa responsabilité. Car les comptes sont toujours faits, en définitive. Comme je dis souvent (répète, disent nos enfants) : ni châtiment, ni récompense, que des conséquences. On est loin des envolées lyriques... voilà bien pourtant une «posture» digne et équanime pour notre vieux pays. En l'occurrence et compte tenu de ce qui Est, ce serait déjà oui, révolutionnaire, au sens abouti de révolution. R-évolution. Rien que pour cela, ce qui implique pour tout cela, il aura ma voix et compte déjà mon soutien.

Dernier ouvrage paru (2011) «Grâce leur soit rendue», suite à la publication duquel l'auteur franchit finalement l'Arche de Roberto Bolaño à Blanès, au couchant.

14.3.12

soit dit en passant

La perspicacité que Jean Daniel, wise man et plume pensante (pansante serais-je tenté d'écrire) du Nouvel Observateur, met à déchiffrer avec profondeur et mesure les matières politiques et sociétales les plus complexes de notre monde contemporain, s'exprime (parfois) avec des mots d'une limpidité confondante, que l'on doit relire pour ne pas se pincer; est-il possible de résumer avec tant de simplicité ce qui paraît généralement insurmontable à traiter, démonstration: "Au passage, je voudrais dire qu'il n'y a rien de commun entre un parti démocrate islamiste et ce que l'on appelait, en Europe, un parti "démocrate-chrétien". Sinon on aurait affaire à un parti "démocrate musulman" et non "islamiste". Ces partis se disent "islamistes" parce qu'ils refusent toute séparation entre la religion et l'Etat et parce qu'ils ont la conviction sincère et profonde que l'islam contient tous les principes de la démocratie." Comment cela* est-il rendu possible, l'amour humaniste je suppose... chapeau bas J.D.

*clairvoyance