3.3.15

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25.9.14

11.5.14

25.3.14

envol


23.2.14

Êtes-vous sûr?

Calligraphic Meditation, The Mindful Art of Thich Nhat Hanh
Plum Village, spring 2012
« Les perceptions erronées nous font souffrir. Or la plupart de nos perceptions sont erronées. Il est sage de nous poser cette question régulièrement afin de cultiver la pensée juste, d'éviter des malentendus et d'arrêter de nous causer de la souffrance. »
Dedicated to the 8's

10.1.14

la Nouvelle Société, c'est maintenant

Et si la Nouvelle Société, cet ambitieux et vaste projet profondément réformateur, voulu et mis en oeuvre par Jacques Chaban-Delmas, Premier Ministre de 1969 à 1972, devait se réaliser concrètement maintenant, sous la présidence de Francois Hollande, social démocrate déclaré et avéré, dont le mentor n'est autre que Jacques Delors, ancien bras droit (gauche en l'occurence) et tête pensante de la fidèle équipe à Matignon de ce même Chaban-Delmas.
Reprenons au début : en 1969, nous sommes au lendemain de la mort du Général de Gaulle, mais surtout un an après Mai 68 et les profondes remises en cause que la société française nourrit en son sein, à de multiples niveaux. Chaban est l'homme de la situation, Pompidou l'appelle à Matignon. Investi des pleins pouvoirs de Premier Ministre, conscient des enjeux à ce tournant de l'histoire du pays, Chaban détaille sa vision et nourrit son discours. Lorsqu'il présente de la tribune de l'Assemblée Nationale, ce fameux 16 septembre 1969, sa déclaration de politique générale qui sera aussitôt baptisée "discours de la Nouvelle Société". Historique !
La majorité conservatrice de droite renâcle mais, forte tradition godillot bien ancrée, suit. Elle suivra trois ans, durant lesquels la fraction de l'UDR la plus conservatrice, non négligeable, va s'acharner à torpiller le grand projet avec pour seul mot d'ordre: "avec son foutu projet de nouvelle société, Chaban va nous amener les socialistes au pouvoir!". Basique mais efficace, à l'époque. Aux commandes de l'entreprise de sape et de déstabilisation, le duo élyséen le plus manipulateur et destructeur de la Vème République, Pierre Juillet et Marie-France Garaud (cette dernière, toujours en marche(!) s'est d'ailleurs faite une spécialité de la sape tous azimuts... toute une vie de haines bien recuites).
Depuis, vacuité.
Mise à part la première période du septennat Giscard - début du mandat, disons les deux premières années... - clairement réformatrice, ni la droite ni a fortiori la gauche française n'ont jamais su reprendre le flambeau de ce grand projet novateur et toujours actuel : sa relecture est édifiante, il n'a pas pris une ride.
Chirac n'a pas fait grand chose, Sarkozy en a trop fait : moins par plus égale moins. Soit rien.
Et c'est là, en 2013, dans cette France désorientée, inquiète et ouverte à tous les vents -mais aussi les bons, vents- qu'un gouvernement de gauche conduit par un président réformiste de la démocratie sociale et participative, s'apprête purement et simplement à revêtir la filiation, sinon politique du moins méthodique, et l'application. Oui, ce à quoi l'on assiste depuis maintenant plus d'un an et demie est bien, dans l'esprit et dans la méthode, empreint de la démarche qu'initia en son temps le grand résistant, l'ex-jeune et fringant général deux étoiles de De Gaulle, Libérateur de Paris, président inamovible de l'Assemblée Nationale, Maire de Bordeaux pendant cinquante ans, et surtout militant infatigable d'une société "plus humaine, plus ouverte et plus fraternelle" dans laquelle les pouvoirs s'exerceraient dans le respect vigilant des différences, des minorités et de l'opposition.
La construction, complexe, à petites touches et peu spectaculaire, qu'entreprend depuis plusieurs mois l'équipe gouvernementale -sans que l'on se laisse aveugler ou que l'on veuille s'aveugler des péripéties sondagières qui n'ont de fait aucune espèce d'importance- emprunte le sillon que commença de tracer Chaban il y a bientôt quarante cinq ans. N'en déplaise à ceux, à droite et au centre et ils sont quelques-uns qui se revendiquent à juste titre de l'héritage, c'est bien une équipe de gauche qui actuellement et dans les faits -principes et méthode- s'avance dans les pas exécutifs d'une nouvelle Nouvelle Société. À suivre.
Avec circonspection et vigilance mais à suivre.

9.1.14

Antigone à Beyrouth

Extraits.
p. 106  « Ne pas confondre le Créon brutal de Sophocle et l'homme plein d'amertume dessiné par Anouilh. Chez Sophocle, Créon est le personnage tragique. Chez Anouilh, c'est Antigone qui porte la tragédie... »
Le nom de Duruflé revenait souvent. Pie Jesu, son Requiem. Dans une marge, le nom de la cantatrice Pilar Lorengar, avec un point d'interrogation.
« Il y aura le violoncelle et une mezzo-soprano. Impératif! Je veux l'entendre chanter: Pie Jesu Domine, dona eis requiem. Dona eis requiem sempiternam, au moment précis où les gardes emmènent Antigone. »
« Pieux Jésus et Maître, donne-leur le repos. Donne-leur le repos éternel », il avait recopié la phrase en français. De croquis en indication, de position des corps en proposition de décor, je tenais là le testament de Samuel Akounis. Il me l'avait remis sur son lit d'hôpital, avec la lettre d'Anouilh et la kippa de son père. Je l'avais refusée. Il avait insisté. Il voulait que « Le Choeur » la porte en scène. Que la calotte de velours noir réponde au voile de l'une, au béret de l'autre, au keffieh qu'Antigone jetterait sur ses épaules.
Tu seras « Le Choeur », Georges. Le porteur de kippa.
Il a souri faiblement.
Tu seras le juif.
p. 169  Au début de la conversation, j'avais envie de rire. Cet homme parlant au rideau, les autres qui me reniflaient comme une meute au chevreuil. Et puis l'acier des armes, la voix douce, les mots choisis avec soin. J'étais presque paisible, mains cachées sous mes cuisses. Après Anouilh revisité par les chrétiens, Anouilh était transfiguré par les chiites. Créon, vieillard fatigué par la guerre, qui ne veut que la paix pour son peuple. Créon qui tente jusqu'au bout de sauver sa nièce. Créon qui fait le sale travail pour que force reste à la loi. Créon devient un chef phalangiste d'un côté de la ligne, un calife éclairé de l'autre. J'avais une drôle de musique en tête. Quelque chose entre le piège et la trahison. Les gardes ne me quittaient pas des yeux. Ils étaient debout contre le mur. Hassan priait, ou passait son temps, égrenant un chapelet de pierres noires. J'ai pensé à Charles Maurras. Là, dans cette pièce lourde de foi, Sam m'avait prêté un texte de lui, qui voyait Antigone comme une gamine soumise, obéissant aux lois concordantes de Dieu, des hommes et de la cité. « Qui viole ces lois, qui les défie toutes? Créon! », avait écrit Maurras en 1948. Pour lui, l'arrêté de Créon n'était pas légal car non promulgué par Zeus. Sous sa plume, Antigone n'est autre qu'une "Vierge-mère de l'ordre". Et Créon? « L'anarchiste, c'est lui! Ce n'est que lui! »
Sam riait de ce texte. Il l'énervait aussi. Maurras élevait une statue à Sophocle, Akounis dressait un autel à Anouilh.
– Ce sont de telles dissemblances qui fécondent la droite et la gauche, disait mon ami.

Le quatrième mur, Sorj Chalandon (2013, Grasset)